
La déforestation accélérée, l’exploitation anarchique des ressources naturelles et la pression humaine mettent aujourd’hui en péril plusieurs espèces végétales emblématiques de la Guinée. Dans les préfectures de Kissidougou, Kankan, Kouroussa, Kérouané, Siguiri, Mandiana, Faranah , Dabola et Dinguiraye, plusieurs arbres autrefois abondants disparaissent progressivement sous l’effet des tronçonneuses, des feux de brousse, de l’agriculture extensive, de la fabrication du charbon de bois et des activités minières.
Parmi les espèces les plus touchées figurent le néré, le karité et le touloucouna, trois arbres aux immenses valeurs économiques, médicinales et culturelles pour les populations locales.
Le néré, un arbre nourricier en danger

Le Parkia biglobosa, communément appelé néré (nɛrɛ en bambara), est une espèce très répandue en Afrique de l’Ouest et particulièrement présente dans les savanes guinéennes. Appartenant à la famille des Fabaceae, cet arbre joue un rôle essentiel dans l’alimentation et la pharmacopée traditionnelle.
Ses graines servent notamment à la fabrication du célèbre condiment africain utilisé dans plusieurs régions du pays. Le néré contribue également à la fertilité des sols grâce à sa capacité naturelle à enrichir les terres agricoles.
Mais aujourd’hui, cette espèce subit une forte pression liée à l’abattage incontrôlé, à l’extension des champs agricoles et à l’exploitation du bois de chauffe. Dans plusieurs localités rurales de la Haute-Guinée, les grands nérés deviennent de plus en plus rares.
Le karité, patrimoine économique des femmes africaines

Autre arbre fortement menacé : le karité, symbole de l’économie rurale féminine en Afrique de l’Ouest. Reconnaissable à son tronc sombre et épais ainsi qu’à ses feuilles regroupées au bout des branches, cet arbre produit un fruit ressemblant à une petite prune verte ou brunâtre.
À l’intérieur se trouve une noix dont l’amande, naturellement très amère avant transformation, sert à produire le célèbre beurre de karité. Depuis des générations, les femmes guinéennes utilisent cette huile naturelle pour les soins de la peau et des cheveux.
Dans plusieurs préfectures de Haute-Guinée, le karité représente également une importante source de revenus pour des milliers de familles. Toutefois, les coupes abusives, l’exploitation forestière, les feux de brousse répétés et l’avancée des zones minières fragilisent sérieusement sa survie.
Le touloucouna, l’arbre à huile amère menacé

Moins connu du grand public mais très précieux dans les traditions africaines, le Carapa procera, appelé touloucouna ou encore « arbre à huile amère », fait également face à une disparition progressive dans plusieurs zones forestières et rurales de Guinée.
Son huile, extraite d’amandes particulièrement amères, est utilisée depuis longtemps par les anciennes générations pour :
les soins de la peau ;
les massages thérapeutiques ;
l’entretien des cheveux ;
la protection contre les moustiques ;
ainsi que dans certains traitements traditionnels contre les maladies de peau.
Très recherché pour ses vertus médicinales, cet arbre subit aujourd’hui les conséquences de la surexploitation et de la destruction des forêts naturelles.

Une urgence environnementale pour la Guinée
Des spécialistes de l’environnement alertent sur les conséquences écologiques de cette disparition progressive. Ces arbres jouent un rôle majeur dans :
la lutte contre l’érosion ;
la protection de la biodiversité ;
la fertilité des sols ;
la régulation du climat local ;
et la sécurité alimentaire des populations rurales.
Face à cette menace, plusieurs organisations environnementales appellent à renforcer les politiques de reboisement, protéger les forêts communautaires, sensibiliser les populations et réglementer davantage l’exploitation forestière et minière.

Pour de nombreux observateurs, préserver ces arbres traditionnels revient également à protéger une partie importante du patrimoine culturel, économique et environnemental de la Guinée.
Par Lanciné 1 Kaba pour le www.environnement-actu.info
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