
Par Billy KEITA, auteur du livre « Dans la tête du Général Mamadi Doumbouya »
Il est des paroles qui dépassent le cadre d’un simple discours politique. Prononcées devant une nation à un moment décisif de son histoire, elles deviennent des engagements dont les citoyens attendent des résultats concrets. En Guinée, la lutte contre la corruption, le détournement des deniers publics et la mauvaise gouvernance s’est imposée comme l’un des principaux enjeux de la refondation engagée depuis le 5 septembre 2021.
Ce jour-là, le colonel Mamadi Doumbouya, alors à la tête du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), annonçait une nouvelle orientation politique pour le pays. Parmi les engagements mis en avant figurait la volonté de mettre fin à la gabegie financière et de faire de la justice un principe central de la gestion des affaires publiques.

« La gabegie, le détournement des deniers publics et la corruption, ça sera fini. La justice sera la boussole qui orientera chaque Guinéen », rapporte le texte à l’origine de cet éditorial.
Dans la même logique, l’engagement de ne placer personne au-dessus de la loi devait marquer une rupture avec les pratiques décriées par une partie de l’opinion publique. Au-delà des déclarations, une question essentielle demeure : comment traduire cette promesse en mécanismes durables de contrôle, de transparence et de reddition des comptes ?
2021-2022 : le temps des engagements et de la clarification
Le 5 septembre 2021 constitue, dans le récit de la refondation, le point de départ d’une nouvelle ambition en matière de gouvernance publique. La lutte contre la corruption est alors présentée comme une condition nécessaire au redressement de l’État et à la restauration de la confiance entre les citoyens et les institutions.
En 2022, selon les déclarations rapportées dans le texte initial, Mamadi Doumbouya réaffirme que la défense des intérêts de la Guinée doit primer sur les considérations personnelles, familiales ou partisanes.

Cette orientation traduit un principe fondamental de la gouvernance publique : les ressources de l’État ne sont la propriété ni d’un individu ni d’un groupe. Elles sont destinées à financer les services publics, les infrastructures, l’éducation, la santé et les politiques de développement.
Cependant, la crédibilité d’un tel engagement dépend de son application à tous, sans distinction de rang, de fonction ou d’appartenance. L’égalité devant la loi ne peut être durable que si elle repose sur des institutions capables d’agir en toute indépendance et dans le respect des procédures judiciaires.
2023-2024 : la reddition des comptes au cœur du débat public
À mesure que la transition avance, la question de la gestion des deniers publics occupe une place importante dans le débat national. Les appels à la responsabilité des gestionnaires publics mettent en évidence une exigence citoyenne : chaque responsable chargé de ressources publiques doit pouvoir justifier leur utilisation.
En Guinée, la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) occupe une place particulière dans ce dispositif. Créée pour connaître notamment des infractions économiques et financières relevant de sa compétence, elle est devenue un acteur central des procédures judiciaires liées à la lutte contre la corruption et les détournements présumés de fonds publics.
Les procédures visant des responsables publics, d’anciens membres du gouvernement ou des opérateurs économiques ont contribué à placer la question de la reddition des comptes au premier plan de l’actualité.

Toutefois, la lutte contre la corruption ne saurait se résumer au nombre de personnes poursuivies ou à l’ouverture de dossiers judiciaires. Elle doit également être appréciée à travers le respect de la présomption d’innocence, l’indépendance de la justice, la transparence des procédures et l’exécution des décisions définitives.
L’enjeu est donc double : sanctionner les infractions établies par la justice et prévenir leur répétition grâce à des mécanismes de contrôle plus efficaces.
2025 : la transparence, un impératif pour les ambitions de développement
La lutte contre la corruption prend une dimension supplémentaire lorsqu’elle est mise en relation avec les ambitions économiques de la Guinée, notamment autour du projet Simandou et de la vision de développement à long terme désignée sous le nom de « Simandou 2040 ».
Un pays qui aspire à transformer ses ressources naturelles en richesse collective doit pouvoir garantir une gestion rigoureuse des revenus publics, des contrats, des marchés et des investissements.
Les ressources minières représentent une opportunité majeure pour l’économie guinéenne. Mais leur exploitation ne suffit pas, à elle seule, à garantir une amélioration des conditions de vie de la population. Les retombées économiques dépendent également de la qualité des institutions, de la transparence des décisions et de la capacité de l’État à orienter les revenus vers des investissements utiles.
Chaque montant détourné, lorsqu’un détournement est établi, représente autant de ressources susceptibles de manquer au financement des écoles, des centres de santé, des routes, de l’accès à l’eau potable ou de l’emploi des jeunes.
La lutte contre la corruption apparaît ainsi non seulement comme une question de justice, mais aussi comme une condition de l’efficacité des politiques publiques.
Construire une économie solide exige des règles claires, des contrôles crédibles et une gestion responsable des ressources nationales. C’est à cette condition que les grandes ambitions de développement pourront produire des bénéfices concrets pour les populations.
2026 : cinq ans après, l’heure du bilan et des résultats
Cinq ans après les événements du 5 septembre 2021, la lutte contre la corruption demeure un sujet majeur d’attention pour les citoyens guinéens. L’anniversaire de l’indépendance, célébré le 2 octobre, constitue également un moment de réflexion sur les progrès accomplis, les engagements pris et les défis qui restent à relever.
L’affirmation selon laquelle personne ne doit être protégé face aux soupçons de détournement ou de corruption renvoie à une exigence essentielle : l’impartialité de la justice.
Mais une politique de lutte contre la corruption se mesure aussi à des résultats vérifiables. Les citoyens sont en droit d’attendre des informations accessibles sur les procédures judiciaires, les sommes éventuellement récupérées, les sanctions prononcées, les mécanismes de contrôle renforcés et les mesures prises pour empêcher les détournements futurs.
La prévention est tout aussi importante que la répression. Elle suppose notamment une meilleure traçabilité des dépenses publiques, des audits réguliers, des procédures de passation des marchés transparentes et des institutions de contrôle disposant des moyens nécessaires à leur mission.
L’objectif ne doit pas seulement être de poursuivre les auteurs présumés d’infractions, mais de rendre les pratiques de corruption plus difficiles, plus risquées et moins susceptibles de se reproduire.
De la volonté politique à une culture durable de l’intégrité
La comparaison avec la campagne anticorruption menée en Chine sous la présidence de Xi Jinping rappelle que la lutte contre les abus de pouvoir constitue un défi auquel de nombreux États sont confrontés. Mais chaque pays doit construire ses propres mécanismes de contrôle en fonction de ses institutions, de son système juridique et de ses réalités nationales.
Pour la Guinée, l’enjeu est de faire de l’intégrité une règle durable de fonctionnement de l’administration publique, au-delà des personnes et des périodes de transition.
Une telle ambition exige la responsabilité des dirigeants, mais également celle des gestionnaires publics, des entreprises, des organes de contrôle et de l’ensemble des acteurs de la société. Elle suppose aussi une justice indépendante, des procédures équitables et une protection effective des ressources appartenant à la collectivité.
La lutte contre la corruption ne peut être considérée comme achevée parce que des déclarations fermes ont été prononcées ou que des procédures ont été engagées. Sa réussite dépend de la capacité des institutions à appliquer les règles de manière constante, impartiale et transparente.
Conclusion : le serment à l’épreuve des faits
La promesse de mettre fin à la gabegie et aux détournements des deniers publics a placé la question de la gouvernance au centre du projet de refondation engagé en septembre 2021.
Cinq ans plus tard, cette promesse appelle une évaluation fondée sur des faits : la solidité des institutions, l’indépendance de la justice, la transparence de la gestion publique, la récupération éventuelle des fonds détournés et l’amélioration concrète des services destinés aux citoyens.
La véritable force d’une politique anticorruption ne réside pas uniquement dans la fermeté des discours. Elle se mesure à la constance des règles, à l’équité des procédures et aux résultats obtenus dans l’intérêt général.
Pour la Guinée, le défi reste donc de transformer l’engagement politique en une culture durable de responsabilité publique. Car la refondation ne pourra pleinement convaincre que lorsque chaque citoyen pourra constater, dans sa vie quotidienne, que les ressources nationales sont effectivement gérées dans l’intérêt de tous.

La main qui ne tremble pas ne se juge pas seulement à la fermeté de ses déclarations, mais aussi à la solidité des institutions qu’elle contribue à bâtir.
Par la rédaction de www.environnement-actu.info
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