
Par M. Abdoulaye Sadio Diallo Enseignant-chercheur, activiste en vulgarisation des écotechnologies écologiquement rationnelles
L’exploitation intensive des fruits sauvages, notamment du fruit localement appelé Laré, devient une préoccupation majeure pour les spécialistes de l’environnement en Guinée. Le chercheur guinéen Saliou Diallo alerte sur les conséquences écologiques, économiques et sociales de cette pratique, qui s’intensifie chaque année dans plusieurs préfectures du pays. Selon lui, cette activité menace les équilibres naturels et affecte durablement les conditions de vie des populations rurales.

Chaque année, entre les mois de mai et juillet, la récolte des fruits sauvages mobilise une importante partie de la population. Hommes, femmes, jeunes, enfants, élèves et parfois même des enseignants abandonnent leurs occupations habituelles pour participer à cette cueillette, devenue une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles. Une grande partie de ces fruits est ensuite commercialisée sur les marchés nationaux ou exportée vers les pays voisins, notamment le Sénégal, souvent avant même leur maturité.
Pour le chercheur, cette exploitation massive prive les animaux sauvages, notamment les chimpanzés, les cynocéphales (babouins) et plusieurs espèces d’herbivores, de leur principale source de nourriture. Ces fruits constituent un maillon indispensable de leur alimentation et leur raréfaction fragilise progressivement l’ensemble des écosystèmes forestiers.

Privés de leurs ressources alimentaires naturelles, ces animaux sont contraints de quitter leur habitat pour s’approcher des zones agricoles à la recherche de nourriture. Cette situation entraîne une recrudescence des destructions de cultures, occasionnant d’importantes pertes économiques pour les paysans. Elle favorise également les conflits entre l’homme et la faune sauvage, exposant particulièrement les femmes et les enfants à des risques d’agression.
Au-delà de ses impacts environnementaux, cette activité affecte profondément le secteur de l’éducation. Saliou Diallo rapporte qu’au début du mois de juin, plusieurs écoles rurales étaient pratiquement désertes. Les élèves, mais aussi certains enseignants, avaient interrompu les cours afin de participer à la récolte des fruits sauvages.

Cet absentéisme compromet les efforts engagés pour améliorer la qualité de l’enseignement en milieu rural. Les retards accumulés dans les apprentissages réduisent les performances scolaires et compromettent les chances de réussite des enfants. Pour le chercheur, il est indispensable de mettre en place des solutions permettant aux familles de préserver leurs revenus sans sacrifier l’avenir éducatif de leurs enfants.
Face à cette situation préoccupante, Saliou Diallo appelle à une vaste campagne nationale de sensibilisation associant les autorités publiques, les collectivités locales, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers. Il estime que les communautés doivent être davantage informées sur l’importance de préserver les fruits sauvages indispensables à la survie de la faune tout en adoptant des pratiques agricoles plus durables.

Le chercheur plaide également pour un accompagnement concret des producteurs agricoles. L’amélioration des techniques culturales, l’accès à des semences performantes, à des équipements adaptés et à un meilleur encadrement technique permettraient d’accroître durablement les rendements agricoles. Cette approche contribuerait à réduire progressivement la dépendance des populations à l’exploitation intensive des ressources naturelles.

Enfin, M. Saliou Diallo lance un appel aux partenaires techniques et financiers, aux organisations non gouvernementales ainsi qu’aux personnes de bonne volonté afin de soutenir ses initiatives en faveur de la protection de l’environnement et de l’éducation. Il sollicite notamment un appui logistique pour l’organisation de cours de vacances destinés aux élèves ainsi que des financements pour accompagner les communautés vers des activités agricoles durables. Selon lui, investir simultanément dans la préservation de la biodiversité, l’amélioration de l’éducation et le développement des moyens d’existence des populations constitue une priorité pour construire un avenir durable pour la Guinée.
Par la rédaction de www.environnement-actu.info
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