Rapatriement des restes de l’Almamy Bocar Biro BARRY : M. Kabiné KOMARA appelle à la dignité et au respect de la mémoire.

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« Un pays se construit aussi sur le respect de la mémoire de ses meilleurs fils »

Le débat autour du rapatriement des restes de l’Almamy Bocar Biro Barry, dernier Almamy du Foutah théocratique, prend une dimension historique et mémorielle majeure. Dans une tribune consacrée à cette initiative, l’ancien Premier ministre guinéen Kabiné Komara salue les efforts entrepris pour permettre à la Guinée de retrouver les restes de l’un des symboles les plus emblématiques de la résistance à la conquête coloniale.

Pour l’ancien chef du gouvernement, cette restitution constitue bien plus qu’un simple transfert de restes humains. Elle représente un acte de justice mémorielle, de reconnaissance nationale et de réappropriation d’une partie importante de l’histoire de la Guinée.

Une reconnaissance aux autorités engagées

Kabiné Komara adresse ses félicitations aux autorités guinéennes, notamment au ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, ainsi qu’à Sansy Kaba Diakité, directeur de L’Harmattan Guinée, pour les efforts déployés afin de retrouver les restes de l’Almamy Bocar Biro Barry et de ses compagnons dans les réserves non exposées des musées français.

Il estime que cette démarche revêt une signification particulière pour le peuple guinéen. Si ces restes ont pu être considérés pendant longtemps comme de simples objets conservés dans des collections muséales, leur valeur est tout autre pour les descendants et compatriotes de ceux qui ont combattu et payé de leur vie leur opposition à la conquête coloniale.

« Je préfère parler de reliques ou de restes plutôt que de crâne, par pudeur et par déférence », souligne Kabiné Komara, exprimant ainsi le profond respect que la culture guinéenne accorde à la mémoire des défunts.

Bocar Biro, symbole de la résistance du Foutah

L’ancien Premier ministre rappelle la place exceptionnelle occupée par l’Almamy Bocar Biro Barry dans l’histoire de la Guinée.

Dernier souverain indépendant du Foutah théocratique, Bocar Biro Barry s’est illustré par une résistance farouche face aux forces coloniales qui cherchaient à imposer leur domination sur le territoire.

Sa résistance ne s’inscrivait toutefois pas dans un isolement politique ou militaire. Kabiné Komara met notamment en avant les liens de solidarité qui existaient entre les grands résistants africains de cette époque.

Il cite à cet égard l’appui apporté par l’Almamy Samory Touré à Bocar Biro. L’envoi de l’intendant général Gnaliba pour renforcer les forces de Bocar Biro témoigne, selon lui, de la conscience précoce qu’avaient les résistants africains de la nécessité de conjuguer leurs forces face à l’entreprise coloniale.

Gnaliba figurera parmi les premières victimes de la bataille de Porédaka, le 24 juin 1896, avant que Bocar Biro Barry ne connaisse lui-même une fin tragique.

Une mort devenue symbole

La disparition de l’Almamy Bocar Biro Barry constitue l’un des épisodes les plus marquants de la résistance guinéenne à la conquête coloniale.

Sa mort, suivie de l’exhibition de sa tête comme trophée, demeure une blessure profonde dans la mémoire collective. Pour Kabiné Komara, le rapatriement de ses restes doit donc être considéré comme une étape importante dans la restauration de la dignité historique de ce héros national.

Cette mémoire a d’ailleurs été institutionnalisée en Guinée. En 1976, une promotion de l’université guinéenne a été baptisée du nom de l’Almamy Bocar Biro Barry, consacrant ainsi son statut de figure majeure de l’histoire nationale.

La question de la dignité et des rites funéraires

Au-delà de l’histoire et de la politique mémorielle, Kabiné Komara insiste sur une dimension profondément culturelle et humaine : le respect dû aux morts.

Il souhaite que les restes de Bocar Biro Barry et ceux de ses compagnons soient protégés, conservés et traités avec toute la dignité correspondant à leur statut historique.

Cette exigence, estime-t-il, est en parfaite harmonie avec les valeurs culturelles guinéennes, qui accordent une importance particulière au respect des défunts et à la préservation de leur mémoire.

La Guinée dans la continuité de sa propre histoire

Pour étayer sa position, l’ancien Premier ministre rappelle que la Guinée a déjà connu des opérations similaires de rapatriement de restes de figures historiques.

Il évoque notamment le retour en Guinée, le 28 septembre 1968, des restes de l’Almamy Samory Touré, de son compagnon Morifindjan Diabaté et du roi Alpha Yaya Diallo, retrouvés respectivement au Gabon et à Port-Étienne, en Mauritanie.

Kabiné Komara fait également référence au rapatriement, en République démocratique du Congo, en juin 2022, de la dent de Patrice Lumumba, dernier reste identifié de l’ancien Premier ministre congolais assassiné en 1961.

Pour lui, ces exemples montrent que la restitution des restes des grandes figures historiques constitue un acte de mémoire nationale qui dépasse largement la seule question matérielle.

Une responsabilité envers les générations futures

Le rapatriement des restes de Bocar Biro Barry pourrait ainsi ouvrir une nouvelle étape dans la politique mémorielle de la Guinée. Il pourrait notamment permettre de mieux transmettre aux jeunes générations l’histoire des résistances africaines et le sacrifice de ceux qui ont refusé la domination coloniale.

Au-delà des cérémonies officielles, cette restitution pourrait également donner lieu à un travail historique, pédagogique et culturel : expositions, recherches universitaires, documentaires, ouvrages historiques et enseignement de la mémoire des résistants dans les établissements scolaires.

La mémoire de Bocar Biro Barry ne devrait donc pas seulement être célébrée à travers son nom. Elle devrait aussi être étudiée, enseignée et transmise.

« Un pays se construit aussi sur sa mémoire »

À travers sa tribune, Kabiné Komara rappelle finalement une vérité fondamentale : la construction d’une nation ne repose pas uniquement sur ses infrastructures, son économie ou ses institutions. Elle repose également sur sa capacité à honorer celles et ceux qui ont contribué, parfois au prix de leur vie, à l’écriture de son histoire.

Le retour des restes de l’Almamy Bocar Biro Barry apparaît dès lors comme un moment historique pour la Guinée. Il devrait être marqué par la solennité, la dignité et le respect, afin que ce héros de la résistance retrouve symboliquement sa terre natale et sa place dans la mémoire nationale.

« Un pays se construit sur le respect de la mémoire de ses meilleurs fils, parmi lesquels ceux qui ont sacrifié leur vie et versé leur sang pour fertiliser le sol de la patrie », conclut Kabiné Komara.

Lanciné 1 Kaba pour le www.environnement-actu.info

CONTACT: +224 628 52 89 69

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